Oui, il est possible de gagner deux classes DPE, voire plus, à condition de s’attaquer aux bons postes dans le bon ordre. Un logement classé F ou G n’est pas une fatalité : avec un plan d’action structuré, des travaux bien ciblés et les aides disponibles, beaucoup de propriétaires ont transformé leur passoire thermique en logement confortable et économe. Voici ce que nous avons appris en creusant le sujet, les points clés à retenir avant d’aller plus loin :
- La note DPE dépend avant tout de l’isolation, du système de chauffage, de l’eau chaude sanitaire et de la ventilation
- Les petits gestes du quotidien ne font pas bouger la lettre : ce sont les travaux sur le bâti et les équipements qui comptent
- Une rénovation coordonnée et globale est bien plus efficace qu’une succession de petits chantiers isolés
- Des aides financières significatives existent pour réduire le reste à charge
On vous explique tout, étape par étape.
Comprendre ce qu’implique une mauvaise note DPE (F ou G)
Le DPE, ou Diagnostic de Performance Énergétique, mesure deux choses : la consommation d’énergie d’un logement (en kWh/m²/an) et ses émissions de CO₂ (en kgCO₂/m²/an). La note finale va de A (très économe) à G (très énergivore). Un logement classé F ou G est ce qu’on appelle une passoire thermique.
Concrètement, cela se traduit par des factures élevées, un inconfort marqué en hiver comme en été, et un impact environnemental plus lourd. À cela s’ajoutent des conséquences de plus en plus tangibles sur le plan réglementaire et financier. Pour les bailleurs, le calendrier est déjà enclenché :
- Depuis 2023 : interdiction de louer certains logements G dépassant 450 kWh/m²/an d’énergie finale pour de nouveaux contrats
- À partir de 2025-2026 : interdiction généralisée de location pour les logements classés G
- À partir de 2028 : interdiction pour les logements classés F
- À partir de 2034 : interdiction pour les logements classés E
- Depuis août 2022 : loyers gelés pour les logements F et G, sans possibilité d’augmentation au renouvellement du bail
Pour les vendeurs, un mauvais DPE pèse directement sur la valeur du bien. À l’inverse, un logement bien noté (A ou B) bénéficie d’une "valeur verte" reconnue, qui peut significativement améliorer son attractivité et son prix de vente.
Identifier les postes qui dégradent le plus votre DPE
Avant de lancer des travaux, il faut comprendre où s’échappe l’énergie. Dans un logement ancien mal isolé, les pertes de chaleur se répartissent approximativement ainsi selon l’Ademe :
| Zone | Part des déperditions thermiques |
|---|---|
| Toiture / combles | 25 à 30 % |
| Murs | 20 à 25 % |
| Fuites d’air | 20 à 25 % |
| Fenêtres | 10 à 15 % |
| Planchers bas | 7 à 10 % |
| Ponts thermiques | 5 à 10 % |
Ce tableau illustre un point souvent sous-estimé : changer uniquement les fenêtres en double vitrage, même si c’est utile, ne représente qu’une fraction des déperditions. Si les murs, la toiture et les fuites d’air ne sont pas traités, la note DPE bougera très peu. C’est l’une des erreurs les plus fréquentes que nous observons.
Lire et exploiter votre DPE actuel (sans se tromper)
Votre DPE actuel est une mine d’informations souvent sous-exploitée. Il indique non seulement la note finale, mais aussi le détail des consommations par poste : chauffage, eau chaude sanitaire, ventilation, éclairage. Il précise également les caractéristiques du bâti (épaisseur et nature des isolants, type de vitrage, système de ventilation) et les équipements de chauffage en place.
Depuis la réforme de 2021, le DPE est dit "opposable" : s’il contient des erreurs, la responsabilité du vendeur ou du bailleur peut être engagée. Il est valable 10 ans dans la plupart des cas, avec des ajustements prévus pour les petites surfaces depuis 2024. À partir de l’automne 2025, un QR code sera ajouté sur les nouveaux DPE pour vérifier leur enregistrement auprès de l’Ademe.
En lisant votre DPE, repérez les postes les plus pénalisants : si le chauffage représente 80 % de la consommation totale et qu’il est assuré par une vieille chaudière au fioul, vous savez déjà où concentrer l’effort.
Faire un audit énergétique pour définir un plan d’action efficace
L’audit énergétique va plus loin que le DPE. Il identifie précisément les points faibles du logement, propose plusieurs scénarios de travaux avec des estimations de coûts, de gains en classes DPE et d’économies sur les factures. Pour un logement classé F ou G, il est devenu obligatoire avant toute demande de MaPrimeRénov’ en parcours accompagné.
Pour trouver un professionnel de confiance, nous vous recommandons de passer par le réseau France Rénov’ (francerenov.gouv.fr) ou de consulter l’annuaire des entreprises RGE (Reconnu Garant de l’Environnement). Cette certification RGE est indispensable pour être éligible aux principales aides financières. L’audit lui-même peut être partiellement pris en charge financièrement selon les dispositifs en vigueur.
L’objectif de cette étape est simple : transformer l’audit en feuille de route priorisée, pour ne pas gaspiller du budget sur des travaux qui ne feront pas bouger la note.
Prioriser l’isolation pour gagner des classes rapidement
L’isolation est le levier numéro un pour améliorer un DPE. Elle réduit directement les besoins de chauffage, améliore le confort thermique toute l’année et permet ensuite de dimensionner le nouveau système de chauffage à la baisse.
Les zones à traiter en priorité, dans un logement F ou G typique :
- Les combles et la toiture : c’est souvent le chantier le plus rentable, notamment pour les combles perdus où l’isolation par soufflage est rapide et peu coûteuse
- Les murs : par l’intérieur (ITI) ou par l’extérieur (ITE), l’isolation par l’extérieur étant souvent plus efficace car elle traite aussi les ponts thermiques
- Le plancher bas : au-dessus d’un garage, d’une cave ou d’un vide sanitaire, ce poste est fréquemment négligé alors qu’il représente jusqu’à 10 % des déperditions
- Les menuiseries : remplacement des fenêtres simple vitrage par du double ou triple vitrage performant
Le traitement des ponts thermiques (jonctions entre murs, dalles, refends) est souvent oublié mais peut représenter jusqu’à 10 % des pertes de chaleur.
Améliorer l’étanchéité à l’air sans créer de problèmes d’humidité
Les fuites d’air représentent jusqu’à 25 % des déperditions thermiques. Les traiter (joints de fenêtres, passage de câbles, tour des menuiseries, caissons de volets roulants) contribue significativement à améliorer la performance énergétique du logement.
Attention cependant : rendre un logement plus étanche sans prévoir une ventilation adaptée crée des problèmes d’humidité, de condensation et de moisissures. Ces deux chantiers sont indissociables.
Mettre en place une ventilation adaptée (VMC) après isolation
Une fois le logement rendu plus étanche, une ventilation mécanique contrôlée (VMC) efficace est indispensable pour garantir la qualité de l’air intérieur et éviter l’humidité. Deux options principales s’offrent à vous :
- La VMC simple flux hygroréglable : elle adapte le débit d’extraction à l’humidité ambiante, une solution accessible et efficace pour la plupart des logements
- La VMC double flux : elle récupère la chaleur de l’air extrait pour préchauffer l’air entrant, ce qui peut représenter jusqu’à 10 % d’économies supplémentaires sur la facture de chauffage
La VMC double flux est particulièrement adaptée aux logements très bien isolés, où l’investissement plus élevé est rapidement justifié par les gains en confort et en consommation.
Remplacer ou optimiser le chauffage pour réduire consommation et CO₂
Le chauffage est souvent le deuxième poste le plus impactant sur le DPE, après l’isolation. Un système ancien ou mal dimensionné tire la note vers le bas, même dans un logement correctement isolé.
L’ordre logique est important : on remplace ou on optimise le chauffage après avoir réalisé les travaux d’isolation, car un logement mieux isolé a des besoins réduits. Surdimensionner un nouveau système coûte cher et nuit à son efficacité.
Les solutions les plus efficaces selon les configurations :
- Pompe à chaleur (air-eau, air-air, géothermique) : très performante, notamment valorisée par l’évolution du calcul DPE prévue en 2026 (le facteur de conversion de l’électricité devrait passer de 2,3 à 1,9, favorisant encore davantage les PAC)
- Chaudière gaz à condensation : bien plus efficace qu’une ancienne chaudière standard
- Poêle à granulés ou chaudière biomasse : bonne alternative dans les zones bien approvisionnées
- Climatisation réversible : pertinente pour les petits espaces très bien isolés
Les radiateurs électriques classiques sont à réserver aux petites surfaces parfaitement isolées. Dans un logement mal isolé, ils sont très coûteux à l’usage et pèsent lourdement sur la note DPE.
Améliorer l’eau chaude sanitaire (ECS) pour limiter les kWh
L’eau chaude sanitaire pèse dans la consommation globale, parfois autant que le chauffage dans les logements bien isolés. Un chauffe-eau électrique à résistance de 20 ans, mal dimensionné, peut représenter plusieurs centaines de kWh annuels inutiles.
Les équipements à envisager :
- Le chauffe-eau thermodynamique : il utilise les calories de l’air ambiant pour chauffer l’eau, consommant jusqu’à 3 fois moins qu’un chauffe-eau électrique classique
- Le chauffe-eau solaire individuel : excellent en termes d’impact CO₂, il peut couvrir 50 à 70 % des besoins en ECS selon l’ensoleillement, avec un appoint électrique ou gaz pour le reste
Dans les deux cas, un dimensionnement adapté au nombre d’occupants et à la surface du logement est essentiel pour éviter les surconsommations.
Ajouter une régulation et un pilotage du chauffage (gains à petit budget)
La régulation est souvent le poste le plus accessible financièrement, avec un impact réel sur la consommation. Installer un thermostat programmable ou connecté, configurer des plages horaires adaptées à votre mode de vie et régler la température par zone peut générer entre 5 et 15 % d’économies sur la facture de chauffage.
Ce n’est pas ce levier qui fera gagner deux classes DPE à lui seul, mais il complète efficacement une rénovation globale et améliore le confort au quotidien. Pour un investissement de 150 à 500 €, le retour est souvent rapide.
Éviter les erreurs fréquentes qui ne font presque pas bouger la note
Une donnée tirée d’une étude sur des rénovations réalisées entre 2016 et 2017 est parlante : environ 75 % des chantiers n’auraient pas fait changer la classe DPE du logement. Pourquoi ? Parce que les travaux ont été réalisés par petits morceaux, sans vision d’ensemble.
Les erreurs les plus fréquentes :
- Changer uniquement les fenêtres en pensant que c’est suffisant (10 à 15 % des déperditions seulement)
- Remplacer le chauffage sans avoir isolé au préalable (système surdimensionné, efficacité réduite)
- Négliger la ventilation après avoir rendu le logement plus étanche (risques d’humidité et de moisissures)
- Réaliser des travaux sans passer par une entreprise RGE (perte des aides financières)
- Ne pas refaire de DPE après les travaux (impossible de valoriser les améliorations à la location ou à la vente)
Chiffrer les travaux et estimer le gain DPE (scénarios réalistes)
Les coûts varient beaucoup selon la surface, l’état initial et l’ampleur des travaux. Voici quelques ordres de grandeur concrets :
- Rénovation d’ampleur pour passer d’une passoire vers A/B : environ 46 000 € pour une maison, 25 000 € pour un appartement (estimations issues du rapport Sichel)
- Exemple maison 200 m² chauffée au gaz : coût total estimé à 100 000 €, aides de 49 000 €, reste à charge de 51 000 €, gain de 4 classes
- Exemple maison de 65 m² de 1962, classée G : travaux comprenant isolation du plancher, ITE, VMC, climatisation réversible, ballon thermodynamique et thermostat pour un total de 35 110 €, aides de 28 088 €, reste à charge de 7 022 €, DPE projeté en classe D
Pour une rénovation globale standard, la fourchette se situe généralement entre 20 000 et 60 000 €, avec une moyenne autour de 40 000 € selon les configurations.
Mobiliser les aides financières pour réduire le reste à charge
Les aides disponibles permettent de réduire significativement l’investissement initial. Voici les principales :
- MaPrimeRénov’ (Anah) : aide dont le montant dépend des revenus et du nombre de classes gagnées. Pour un gain de 2 classes (plafond de travaux à 30 000 € HT) : jusqu’à 24 000 € pour les ménages très modestes, 18 000 € pour les ménages modestes, 13 500 € pour les revenus intermédiaires et 3 000 € pour les revenus supérieurs. Pour un gain de 3 classes ou plus (plafond à 40 000 € HT) : jusqu’à 32 000 € pour les très modestes, 24 000 € pour les modestes, 18 000 € pour les intermédiaires et 4 000 € pour les supérieurs.
- CEE (Certificats d’Économies d’Énergie) : prime versée par les fournisseurs d’énergie, cumulable avec MaPrimeRénov’ dans la plupart des cas, pour les logements de plus de 2 ans
- Éco-PTZ : prêt à taux zéro pour financer les travaux de rénovation énergétique
- TVA réduite à 5,5 % sur les travaux d’amélioration de la performance énergétique
- Aides locales : régions, départements et communes proposent souvent des compléments, à vérifier selon votre lieu de résidence
Pour maximiser les aides, les travaux doivent être réalisés par des entreprises certifiées RGE, et une rénovation d’ampleur nécessite un accompagnement par un Accompagnateur Rénov’ agréé.
Refaire un DPE après travaux et sécuriser la location ou la vente selon le calendrier réglementaire
Une fois les travaux terminés, refaire un DPE est indispensable. C’est la seule façon de valider officiellement la nouvelle classe de votre logement, et donc de pouvoir le louer ou le vendre dans les meilleures conditions.
Un nouveau DPE permet de :
- Mettre votre bien en location légalement si vous êtes bailleur (en respectant le calendrier d’interdiction en vigueur)
- Valoriser le logement à sa juste valeur à la vente grâce à la "valeur verte"
- Débloquer certaines aides conditionnées à la nouvelle note obtenue
- Justifier les économies annoncées auprès d’un acheteur ou d’un locataire
Les évolutions réglementaires se poursuivront ces prochaines années, notamment en 2026 avec le changement du facteur de conversion de l’électricité (de 2,3 à 1,9), qui favorisera encore davantage les logements équipés de pompes à chaleur, et en 2027 avec l’intégration du DPE dans certains parcours d’aides au chauffage décarboné. Anticiper ces changements, c’est sécuriser votre bien sur le long terme.
